Vous le savez, l’un des piliers fondamentaux des actions de Corasso est l’aide aux patients et aux aidants. Vous connaissez peut-être Corasso Echangeons, qui est devenu un groupe de partage précieux pour les patients et les aidants. Mais cette aide formidable ne suffit pas, nous sommes de plus en plus sollicités pour aller plus loin et proposer une démarche de pair-accompagnement. Nous ne pouvions pas ne pas répondre, c’est donc avec motivation et énergie que nous avons décidé de nous engager sur cette voie.

Pour ceux qui l’ignorent, un pair-accompagnant est un peu la troisième jambe qui vient renforcer le binôme patient-soignant. Ayant lui-même vécu la maladie, le pair-accompagnant est idéalement placé pour écouter, comprendre, et fort de son expérience, aider dans la mesure du possible. En s’appuyant sur son vécu, mais également sur son réseau, il répond aux nombreuses questions que se posent les patients et leurs proches, ou les guide vers les professionnels de santé. Et surtout il a du temps, cette denrée si rare dont manquent tant les soignants.
Mais ne s’improvise pas pair-accompagnant qui veut. La capacité d’écoute, de compréhension, l’aisance pour mener un échange avec des patients qui peuvent se trouver en situation de grand stress, tout cela nécessite de se former. Partant de ce constat, et pour répondre à toutes ces demandes, le projet de formation des bénévoles de l’association Corasso au pair-accompagnement est né.
C’est sous l’impulsion de Virginie Billard et Nathalie Bonnet que le projet a démarré, rejointes plus récemment par Christine Chevalier. Toutes trois bénévoles au sein de l’association, elles s’appuient sur leurs expériences respectives de formatrices, de psychothérapeutes et de patientes partenaires pour créer des contenus de formation adaptés. Aujourd’hui le projet arrive à une étape clé : le recrutement des bénévoles à former. Tous les entretiens ont eu lieu, et c’est un groupe d’environ 15 personnes qui se dessine, pour un planning de formation qui démarre dès le mois d’avril et qui court jusqu’à fin 2025.
Peut-être vous demandez-vous qui sont les futurs pair-accompagnateurs ? Pour résumer, ils ont tous vécu la maladie, et déjà pris suffisamment de recul pour pouvoir mettre des mots sur leurs émotions, leur expérience, les difficultés qu’ils ont dû surmonter et accepter le chemin parcouru et à venir.
Au travers de la formation, ce travail de retour sur soi et de métabolisation permet alors que les parcours se transforment en savoirs dits expérientiels (“une vérité apprise par l’expérience personnelle d’un phénomène plutôt qu’une vérité acquise par raisonnement discursif, observation ou réflexions sur des informations fournies par d’autres”, selon Borkman, 1976).
La grande force du pair-accompagnateur est de pouvoir cheminer aux côtés des personnes touchées par un cancer de la tête et du cou, ainsi que de leur proches aidants, quel que soit le stade de leurs parcours.
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Alors en quoi consiste cette formation ? Essentiellement en une série de 9 modules thématiques organisés en visioconférence, par groupes limités à 7 ou 8 personnes (il y a aura donc 2 promotions en parallèle), durant lesquels chacun sera invité à s’exprimer et à partager son expérience. L’idée est de travailler sur différents thèmes, tels que la place des émotions, le développement d’une écoute active, l’équilibre entre empathie et confiance en soi, etc… Entre 2 modules (espacés de 3 semaines), chacun est invité à travailler 2 à 3 heures sur des sujets précis, puis chaque regroupement est l’occasion de revenir sur les contenus de formation, d’échanger et de s’enrichir mutuellement.
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On le comprend, cette formation suppose un investissement personnel conséquent. Et ce qui la caractérise principalement est qu’elle est axée sur le savoir être plus que sur le savoir-faire. La posture de pair-accompagnant va émerger naturellement de ces séances de formation.
Il est également très important que chacun mesure l’implication que suppose le pair-accompagnement. On ne parle pas de discussion au coin du feu, mais d’un véritable échange avec des personnes qui souffrent, qui découvrent une maladie qui parfois les dépasse, et qui ont beaucoup d’interrogations, d’angoisses, d’inconnus. Sans parler de la difficulté pour elles de se retrouver confrontées à des “gueules cassées”. Certaines ne le supportent pas. Si l’esprit des entretiens est plutôt de les faire en présentiel (ce qui implique des déplacements), il faudra dans certains cas les faire à distance, par téléphone, à l’écrit ou encore en visioconférence. Toutes les situations sont envisageables. L’objectif est de s’adapter le mieux possible aux contraintes et besoins de chaque patient accompagné et de chaque pair accompagnant.
Le principal défi sera notre capacité à mener à bien ce projet, qui repose entièrement sur quelques bonnes volontés, et qui ne bénéficie d’aucun budget de soutien. Ce projet, d’envergure professionnelle, est mené par des bénévoles, pour des bénévoles et de futurs accompagnés. Il est probable que nous rencontrerons des écueils, propres au démarrage de tout projet, mais pas question de renoncer maintenant. L’enjeu est trop important à nos yeux, et nous ferons de notre mieux pour avancer.
L’ensemble des membres de Corasso remercie chaleureusement Virginie, Nathalie et Christine pour leur travail de préparation colossal ainsi que les bénévoles Corasso qui s’engagent dans cette belle aventure formatrice.
Article rédigé par Mathieu Lecompte-Boinet