« Je veux partager pour guérir, accompagner pour transmettre »
Diagnostiquée d’un cancer de la gorge en 2023, Nicole Viaud a très vite ressenti le besoin de transformer son épreuve en engagement. Investie au sein de Corasso et à Gustave Roussy, elle suit aujourd’hui la formation au pair-accompagnement proposée par l’association. Une démarche à la fois intime et altruiste, où le travail sur soi, l’écoute et la juste distance deviennent les fondements d’un accompagnement fondé sur le vécu et la transmission.

Nicole entre aujourd’hui dans sa troisième année de rémission. « Quand j’ai appris mon diagnostic, j’ai tout de suite adhéré à Corasso. Ça me semblait important de partager un vécu aussi impactant dans une vie », souligne t‑elle.
Elle ne contacte toutefois l’association qu’à la fin de ses soins, qui ont duré environ deux mois. Rapidement, elle s’implique dans différentes actions, notamment à Gustave Roussy. « Je me suis rendu compte que, dans tout ce que je fais, j’aime partager avec le collectif. C’est cohérent avec ma façon d’être ».
Avant même de débuter la formation Corasso au pair-accompagnement, Nicole participe à deux types d’actions :
- La première, des journées de sensibilisation et de dépistage des cancers ORL organisées par le service spécialisé de Gustave Roussy. « Nous allons à la rencontre de personnes présentes dans le hall de l’hôpital pour témoigner et surtout, leur proposer, dans le cadre d’une sensibilisation, une consultation de dépistage du cancer ORL par les médecins ».
- La seconde, une permanence mensuelle à l’Espace Patients de Gustave Roussy. « Des groupes de parole très libres y sont organisés par Corasso. On se retrouve entre patients en cours de traitement, anciens patients et parfois aidants. On parle de notre vécu. Cela peut aussi être des rencontres d’information et de partage avec des soignants du service ORL »
Nicole n’anime pas ces groupes, mais y participe activement. Était-elle déjà pair-accompagnatrice ? Elle nuance : « pas vraiment, mais j’accompagnais les patients. Je témoignais, j’écoutais… Mais quand la formation Corasso au pair-accompagnement a été proposée, il m’a semblé évident d’aller plus loin », assure t‑elle.
« Participer à cette formation, c’est aussi participer à ma guérison »
Dès qu’elle a entendu parler de la formation au pair-accompagnement proposée par Corasso, Nicole n’a pas hésité une seconde : s’y engager s’est imposé à elle comme une évidence, dans la continuité naturelle de son parcours et de son désir de transmission : « C’était cohérent avec ma démarche. Et puis, d’une certaine façon, participer à des actions comme celle-ci est très enrichissant, d’abord en tant que patiente, mais aussi pour celles et ceux que nous pourrons accompagner une fois formés ». La motivation est double : personnelle et altruiste. « Ce qu’on a reçu, on peut à son tour le donner. Même si les parcours ne sont jamais identiques », ajoute ‑t-elle.
» Découvrez dans cet article les objectifs, attentes et bénéfices du pair-accompagnement
Avant de débuter la formation au pair-accompagnement, Nicole n’avait pas d’attente précise, mais une aspiration claire : « Être plus à même d’être en relation avec d’autres patients. Améliorer ma communication, dans le partage et dans l’empathie ». L’objectif n’est pas d’apprendre un savoir technique, mais d’affiner une posture. Ainsi, ce qui importe, pour Nicole, c’est la qualité du partage.
Une formation centrée sur soi… pour mieux aller vers l’autre
Les premiers modules de la formation Corasso au pair-accompagnement sont consacrés à un travail introspectif. « La première partie est essentielle. On s’est interrogé sur nos valeurs, sur notre parcours de malade, sur la façon dont nous avons vécu le diagnostic, les traitements, nos alliés, nos difficultés », se souvient-elle. Des outils ludiques — notamment des cartes illustrées — permettent d’explorer nos propres valeurs : respect, bienveillance, solidarité, tolérance… « On devait positionner nos valeurs. Ça oblige à se regarder avec sincérité », affirme Nicole.
Le groupe établit également ses propres règles de fonctionnement : confidentialité, écoute active, authenticité, réciprocité. « Ce n’est pas seulement de la théorie. C’est une façon d’être », insiste-t-elle.
Au sein de la formation, une large place est également accordée aux émotions. « On a travaillé sur la valence émotionnelle : la charge positive ou négative d’une émotion, son intensité, sa couleur »
Colère, peur, joie, sérénité, acceptation, deuils… Les nuances sont explorées pour éviter les confusions et mieux comprendre ce qui se joue dans la relation.
« On a, par exemple, travaillé sur la différence entre compassion, empathie et sympathie et sur le risque de confusion des sentiments. Car accompagner suppose un équilibre. Il faut comprendre l’histoire de l’autre, mais aussi, savoir se positionner. Garder une juste distance », indique Nicola.
Ni rôle, ni métier : une posture d’accompagnant
Au fil des modules, la réflexion s’élargit au rôle social du pair-accompagnant. « On a distingué ce qu’est un rôle, une fonction, un métier. Le pair-accompagnant n’est ni un rôle au sens strict, ni un métier. C’est être accompagnant, grâce au savoir expérientiel que l’on a traversé. »
Ce savoir expérientiel – celui d’avoir été soi-même malade – constitue le socle de la légitimité. Le vécu du cancer permet d’entendre différemment la parole de l’autre.
Lorsqu’on lui demande ce qu’elle préfère dans la formation, Nicole hésite à parler de « contenu » en tant que tel. « La théorie est intéressante intellectuellement bien-sûr. Mais pour moi, cette formation est avant tout de l’ordre du vécu. Des échanges, du partage, de la réflexion ensemble sur ce que nous avons traversé et ce que nous pouvons apporter à l’autre », affirme-t-elle.
Nicole ajoute « Virginie Billard, responsable de la formation, est remarquable à tout point de vue, tant sur la richesse et la clarté du contenu qu’elle nous délivre que par ses qualités humaines, son écoute attentive, sa finesse relationnelle mêlant sensibilité et douce rigueur ».
La formation Corasso au pair accompagnement n’est pas encore achevée, mais Nicole sait déjà qu’elle souhaite poursuivre son engagement. Continuer les permanences, participer aux actions de sensibilisation, aller à la rencontre des patients nouvellement diagnostiqués, être présente dans l’après-cancer. « Être là pour soutenir et accompagner. Sans dépasser certaines limites. »
Avec lucidité et douceur, Nicole résume peut-être le mieux l’esprit du pair-accompagnement : « Accompagner, ce n’est pas savoir pour l’autre. C’est marcher un temps à ses côtés, forte de ce que l’on a soi-même traversé ».
La formation au pair-accompagnement proposée par l’association Corasso n’est pas encore tout à fait terminée pour Nicole. Commencée le 17 octobre dernier, elle se déroule en neuf modules espacés de trois semaines. « Il nous reste trois séances à partager : c’est un grand plaisir ! », précise-t-elle. Et pour Nicole, l’essentiel est déjà là : une expérience profondément humaine, à la croisée du vécu personnel et de l’engagement collectif.
Propos recueillis par Hélia Hakimi-Prévot
POUR ALLER PLUS LOIN :
- Découvrir le bilan de la formation à 1 an.
- Écouter le podcast Cou de Tête de Virginie.
- En savoir plus sur les conseils et astuces de Corasso pour mieux vivre au quotidien avec la maladie.




