Michel, touché par un cancer des sinus depuis 2001

Quoi Ma Gueule ?
Les mots de Michel… Partie 1

Depuis quelques jours mes sinus me font mal, et de plus en plus, j’ai un goût bizarre dans la bouche.

quoi ma gueule michel 1

Je dois donc con­sul­ter un ORL devenu ami.

Il me dit : « ce n’est rien, fais des fumigations ».

A quelques temps de là, je pars en vacances rejoin­dre femme et enfants, bien heureux. Car je me sens super fatigué …

Je m’arrête sur l’autoroute pour pren­dre de l’essence, « zut, c’est quoi mon code de carte bleue ? ». Je suis obligé de faire un chèque, la mémoire me faisant défaut. Ouf, une semaine plus tard, ça me revient, rien de grave donc …

Je retourne à la mai­son, les douleurs n’ayant pas dis­paru, je con­sulte à nou­veau mon ORL. Il me pro­pose à nou­veau des fumi­ga­tions qui ne changent rien à mon état ! Je lui demande donc s’il ne con­nait pas un con­frère que je pour­rais con­sul­ter, afin d’avoir un autre avis. Lui me con­nait trop et, peut-être banalise-t-il les choses, n’ayant pas, incon­sciem­ment, le cœur à m’annoncer de mau­vais­es nouvelles.

Je ren­con­tre, donc, rapi­de­ment son con­frère qui me dit que j’ai « de gros polypes, faisons un scan­ner sans per­dre de temps ».

Le surlen­de­main tard, 21 heures, je passe ce scan­ner et j’attends les résul­tats. En regar­dant les clichés, avec le prati­cien, je remar­que un côté net et l’autre brouil­lardeux. Ayant dit bon­soir au radi­o­logue, celui-ci me dit « vous devez vous dire pourquoi moi ? ». En ren­trant chez moi je repense à cette remar­que. Mais, épuisé, je cesse de réfléchir et con­tin­ue mon chemin jusqu’à la maison.

Le lende­main, ren­dez-vous chez l’ORL muni des radios. « Sacrés polypes, je ne sais pas les opérés ceux-là » affirme l’ORL. Il me donne le nom et le numéro de télé­phone d’un con­frère com­pé­tent en la matière.

Ce soir-là, avant de retrou­ver ma femme pour fêter notre anniver­saire de mariage, je télé­phone à ce médecin qui me donne ren­dez-vous dés le lende­main, étant don­né la teneur de mon appel.

Je dois m’organiser avec mon PDG pour la mat­inée, n’ayant pas envie de par­ler de ce genre de souci pour l’instant …

De l’entrevue faite avec le Doc­teur André COSTE, se décide une biop­sie à effectuer pour voir ce qui se passe. « Nous vous don­nerons les résul­tats dans les 10 jours. »

Appel télé­phonique à mon tra­vail … « Pou­vez-vous venir demain ? »

Et l’annonce arrive !!!

Vous avez un can­cer des sinus, il est néces­saire de vous opér­er. Nous avons une place en avril.

« Eh bien, je ne sais pas si je pour­rais atten­dre jusque-là, je suis si fatigué ! »

Enten­dant ma réponse, il repart au secré­tari­at, et revient pour m’annoncer qu’il peut m’opérer le 17 jan­vi­er 2001. Nous sommes fin décem­bre 2000 ! On dis­cute donc de l’opération. Je ne sais pas trop à ce moment ce que je peux com­pren­dre et retenir aux vues de mon état de sidération.

Seule cer­ti­tude, ne plus tra­vailler avant l’opération pour être le plus en forme possible.

Je me rends à mon bureau, et l’ordonnance faisant foi, je me mets en con­gé, et ce jusque …

Puis les mains sur le volant, il me faut une demi-heure pour me calmer, et pou­voir annon­cer à ma femme ce cancer !

Mon épouse décide de ren­tr­er immé­di­ate­ment à la mai­son pour me rejoindre.

Elle m’attend, elle a prévenu les enfants (14 & 16 ans). Et là, je me sens pris en main. Béa­trice me libère de toutes les tâch­es matérielles. Elle explique les faits à nos garçons et nos familles. Je ne dois pas m’en faire, tout doit pou­voir aller. Je me sens épaulé, soutenu tant morale­ment que psychiquement.

Nous pas­sons les quelques jours avant l’opération assez calme­ment. Les choses sont dites. L’un des enfants pense que je vais mourir et l’autre me tient la main en affir­mant que tout va aller. Entre les deux, il y a la réal­ité de ce qui est à faire et la con­fi­ance en l’équipe médicale.

Le jour précé­dant l’opération ma femme et sa mère ren­con­trent le Doc­teur Coste qui les ras­sure quant à l’intervention. Moi, je prends mes quartiers dans ma cham­bre et fais con­nais­sance avec le per­son­nel hospitalier.

Le soir arrive … que c’est dur !

Le lende­main « Hou, ça fait mal ! », je me demandais où j’étais, telle­ment dans le brouil­lard. J’entends une voix qui dit que l’opération s’est bien déroulée, pas trop de dégâts. Mais d’ici peu il va fal­loir faire de la radio­thérapie. Hein ? me dis-je, c’est quoi ça ? de toute façon, il faut se pli­er à tout cela. J’ai accep­té et dois faire con­fi­ance. Me remet­tre corps et âme à la médecine.

Je remonte peu à peu la pente. Je suis en vie et peux prof­iter de tous ceux que j’aime famille et amis.

Le tra­vail doit repren­dre, et il est salu­taire. Le PDG vient presque tous les jours à la mai­son. Nous tra­vail­lons ensemble.

La radio­thérapie me fatigue de plus en plus au fil des mois. Heureuse­ment, ma diplop­ie se réduit assez vite pour me per­me­t­tre de vivre nor­male­ment à nou­veau, et conduire.

Il me faut effectuer une vis­ite médi­cale du tra­vail pour pou­voir retourn­er au bureau. Et là, oh sur­prise, le médecin du tra­vail me dit que le PDG lui a demandé de me déclar­er inapte ! Ce sur quoi il n’est pas d’accord. Il pense que je peux repren­dre mes fonc­tions. Nous avons tout de suite con­tac­té l’inspection du tra­vail. Dés le lende­main l’inspectrice était présente. Et nous voilà, elle et moi, dans le bureau du PDG. Il faut savoir, aus­si, que je n’avais plus de bureau et plus rien à faire ! A chaque phrase déplacée, le PDG pre­nait une amande. J’ai accep­té d’être licen­cié avec une belle indem­nité. Tra­vailler dans ces con­di­tions n’avait plus aucun sens ! De plus, un autre poste m’attendait ailleurs.

Deux ans plus tard, RECIDIVE !!!!

Donc, rebiop­sie en hospitalisation.

Et là, retrait du planch­er de l’œil, de la moitié du palais et d’une par­tie gauche de la mâchoire supérieure.

Dures sont les con­traintes qui s’imposent après cette opéra­tion. S’habituer à pos­er, enlever et net­toy­er les prothèses.

Mal­gré cela, il faut tenir le coup, ne pas abdi­quer. Le tra­vail m’aide et, il y a de quoi faire, bureau, voy­ages four­nisseurs et clients, ils ont besoin de moi ! J’ai été très peu absent, car ni radio­thérapie, ni chimio­thérapie à faire … ouf !!

Qua­tre ans plus tard, le Dr COSTE me pro­pose de ren­con­tr­er un « esthéti­cien » ou plus pré­cisé­ment un chirurgien max­il­lo-facial, le Dr Bertrand BAUGEAT.

Ce dernier me pro­pose une opéra­tion pour amélior­er mon « look » et ma vie quo­ti­di­enne. C’est un gros tra­vail, mais ça vaut le coup. « On y va ! », j’accepte. Une fois l’opération ter­minée, me voilà avec la tête comme une balle de ten­nis, des son­des un peu partout, des tuyaux dans le flanc gauche. Il n’est pas aisé de bouger, mais je le veux. Je ne souhaite plus jamais être dépen­dant de ces prothèses.

Une fois les ban­dages enlevés, je ne peux que con­stater l’énorme chirurgie qui a été faite.

Je ne peux que dire « mer­ci » aux pro­fesseurs COSTE ET BAUGEAT d’avoir pris soin de moi. D’avoir mis leurs éner­gies et com­pé­tences pour me per­me­t­tre de vivre et de ne plus être défigurer.

Cette recon­struc­tion m’a per­mis de repren­dre con­fi­ance et de me restruc­tur­er aus­si psy­chique­ment. Si cela a engen­dré de nou­velles souf­frances physiques, le gain en a été fulgurant.

C’est comme un nou­veau départ. C’est aus­si grâce à l’accompagnement com­préhen­sif de ma famille, de mes amis que j’ai pu « renaître ».

C’est à cha­cun de se pren­dre en main en accep­tant celles qui se ten­dent pour nous aider.


Quelle question aimerais-tu qu’on te pose ?

Pourquoi suis-je encore vivant ?

Je suis encore vivant parce que j’avais besoin pour moi mais aus­si pour ma famille, de les soutenir mes enfants, ma femme.
Mais aus­si pour faire un bras d’honneur à l’entreprise dans laque­lle je tra­vail­lais qui pen­dant les mois où j’étais chez moi, est venue tous les jours pour que nous puis­sions tra­vailler. Ils avaient absol­u­ment besoin de moi.
Et quand j’ai pu revenir enfin dans l’entreprise, ils ont demandé que j’aille voir le médecin du tra­vail, à qui ils avaient dit : “Celui-là, il doit être inapte.”
Donc, on s’est bat­tu, pour qu’ils puis­sent com­pren­dre que non, ça marche pas comme ça !


Par Michel Imhaus 

POUR ALLER PLUS LOIN :

- Lire la par­tie 2 du témoignage Quoi Ma Gueule ? de Michel.
- Décou­vrir la cam­pagne Quoi Ma Gueule ?
- En savoir plus sur le can­cer des sinus.

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3 réflexions sur “Michel, touché par un cancer des sinus depuis 2001”

  1. Michel,
    En lisant votre arti­cle, j’ai revu une par­tie de mon par­cours. Ayant un œil qui me piquait depuis plus de 3 mois suivi d’une sinusite unique­ment du côté gauche, début août 2012, mon médecin général­iste m’a pro­posé de voir un ORL. Ce dernier a pre­scrit tous les exa­m­ens néces­saires sur 1 mois puis m’a pris ren­dez-vous au CHU. Je n’avais pas encore 52 ans quand l’in­terne ORL, m’a annon­cé fin octo­bre que j’avais un can­cer du sinus max­il­laire gauche. Ma fille, infir­mière, m’ac­com­pa­g­nait. Dès l’an­nonce, je lui ai dit que je me bat­trai pour son frère et elle. Au départ, j’ai refusé une opéra­tion dégradante qui allait me défig­ur­er mais la radio­thérapeute m’a dit que si je refu­sais de me faire opér­er, je n’au­rais que quelques mois à vivre dans d’af­freuses douleurs. J’ai alors repris con­tact avec le chirurgien. Ren­dez-vous le 7 décem­bre accom­pa­g­née de mes enfants alors âgés de 23 et 25 ans. Il a com­mencé par énumér­er tous les risques de l’opéra­tion : qu’il touche le deux­ième nerf optique ou le lobe frontal. Puis il nous a annon­cé que si j’é­tais tou­jours opérable, l’opéra­tion ne pour­rait avoir lieu que mi-jan­vi­er alors que j’é­tais au stade 4. Devant le mécon­tente­ment de ma fille, il s’est arrangé pour que cette opéra­tion ait lieu le 18 décem­bre mais m’a guidée vers un expert. Je suis entrée dans la salle d’opéra­tion à 8h pour en sor­tir à 20h avec un gros panse­ment sur l’œil gauche : exen­téra­tion com­plète de l’œil pour tout enlever. Le pro­fesseur m’a avoué quelques jours plus tard qu’il ne savait pas vrai­ment jusqu’où allait la tumeur. Suite à l’opéra­tion, j’ai eu 33 séances de rayons avec en simul­tané 3 séances de 3 à 5 jours de chimio­thérapie. Un mois après tout ce traite­ment, j’ai été oblig­ée d’être ali­men­tée par une pompe gas­trique. Je n’ai pas tra­vail­lé pen­dant 2 ans. Fin 2014, j’ai fait ma pre­mière crise d’épilep­sie, mal­adie déclarée à cause des rayons. L’os de mon orbite étant trop fri­able, une pro­thèse de l’œil est impos­si­ble et je vis donc avec un panse­ment blanc pour cacher le “trou” . Au cours de cette épreuve, j’ai con­staté que nous avons une force en nous mais surtout que le sou­tien de notre famille, nos amis et notre entourage est une aide précieuse.
    Même s’il m’a fal­lu env­i­ron 7 ans pour retrou­ver mon rire, je suis dev­enue grand-mère et je prof­ite de chaque moment de joie, d’amour et d’amitié.

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