« Ma prothèse de langue devrait m’aider à produire les sons avec moins d’efforts et améliorer mon confort au quotidien ! »

« À la suite d’une récidive de cancer de la langue en 2017, j’ai subi une glossectomie totale. Ma langue a été retirée jusqu’à l’os hyoïde et reconstruite grâce à un lambeau libre prélevé sur ma cuisse droite.
Avec les années, ce lambeau s’est progressivement réduit. Parallèlement, la radiothérapie a modifié l’anatomie de ma bouche : mon palais s’est davantage incurvé et mon voile du palais s’est tendu. Si la diminution du volume du lambeau facilite aujourd’hui mon alimentation, elle rend en revanche la parole plus difficile. Je dois fournir davantage d’efforts pour articuler et ma voix est devenue plus nasillarde en raison des fuites d’air vers le nez.
Une nouvelle intervention chirurgicale étant trop lourde à envisager, j’ai recherché d’autres solutions. Mes recherches m’ont conduite vers la réhabilitation prothétique après glossectomie. J’ai notamment échangé avec une patiente américaine (via son compte instagram/facebook @isthhisrielelife) porteuse d’une prothèse de palais et d’une prothèse linguale, dont les témoignages m’ont convaincue de poursuivre cette piste.
Grâce à un épithésiste rencontré lors d’événements de l’association Corasso, j’ai été mise en relation avec Hélène Rio, épithésiste au CHU d’Angers. Avant même notre première rencontre, elle a pris contact avec mon orthophoniste et avec la patiente américaine afin de mieux comprendre mes besoins en matière de parole et de déglutition. Depuis plusieurs mois, nous travaillons à la réalisation de deux prothèses : l’une pour le palais, l’autre pour la langue. Malgré mon important trismus, des empreintes de ma bouche ont pu être réalisées, complétées par une empreinte numérique fournie par mon dentiste. Aujourd’hui, la prothèse palatine est presque finalisée et apporte déjà un réel soulagement. De façon inattendue, elle redonne également du volume à mon visage.
La prochaine étape sera l’essayage de la prothèse de langue. Une petite intervention est prévue afin de retirer une bride cicatricielle et faciliter le positionnement des deux dispositifs. Une fois les prothèses définitives en place, je reprendrai un travail de rééducation avec mon orthophoniste pour optimiser ma phonation et ma déglutition. Je sais que ces prothèses ne me permettront pas de retrouver une parole normale. En revanche, elles devraient m’aider à produire les sons avec moins d’efforts et améliorer mon confort au quotidien ! C’est un travail minutieux, qui demande beaucoup de patience et une véritable relation de confiance avec les professionnels qui m’accompagnent, mais les bénéfices sont déjà très encourageants ».
Propos recueillis par Hélia Hakimi-Prévot





