Radiothérapie aux ions carbone : un progrès déterminant dans la prise en charge de cancers difficiles à guérir
Les protocoles standards en oncologie tête et cou incluent, dans la très grande majorité des cas, de la radiothérapie par rayons X (ou photons). Des techniques différentes commencent à être proposées, comme la radiothérapie aux ions carbone au Centre François Baclesse de Caen. De quoi s’agit-il ? Quels sont les avantages de cette radiothérapie ? Un éclairage avec le Pr Juliette Thariat, onco-radiothérapeute.

Les cancers de la tête et du cou font partie des tumeurs les plus difficiles à traiter. Malgré les progrès thérapeutiques, la radiothérapie conventionnelle ne permet pas toujours d’obtenir un contrôle durable de la maladie, certaines tumeurs parvenant à lui résister.
Pour répondre à ce défi, le Centre François Baclesse et le centre CYCLHAD de Caen évaluent une forme innovante de radiothérapie encore peu répandue en France : la radiothérapie aux ions carbone.
Qu’est-ce que la radiothérapie aux ions carbone ?
Contrairement à la radiothérapie classique qui utilise des rayons X ou photons, cette technique utilise des particules appelées ions carbone. On parle aussi d’hadronthérapie aux ions carbone.
Leur principal avantage est de pouvoir délivrer une dose très importante directement dans la tumeur tout en préservant davantage les tissus sains situés autour.
« Les ions carbone permettent de concentrer davantage l’énergie dans la tumeur pour y créer les dégâts cellulaires ciblés conduisant à la disparition de la tumeur. Ils pourraient être particulièrement utiles pour certaines tumeurs résistantes à la radiothérapie conventionnelle », explique le Pr Juliette Thariat.
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« Le principal avantage des ions carbone est de pouvoir délivrer une dose très importante directement dans la tumeur tout en préservant davantage les tissus sains situés autour. »
Des organoïdes pour prédire la réponse tumorale
Depuis cinq ans, l’étude OrgaVADS (portée par le chercheur Louis-Bastien Wieswald, et la chirurgienne ORL Dr Marion Perréard), développe une approche innovante fondée sur les organoïdes tumoraux.
Concrètement, une biopsie ou un prélèvement chirurgical permet de recueillir des cellules de la tumeur du patient. Celles-ci sont ensuite cultivées en laboratoire afin de créer de véritables « mini-tumeurs » en trois dimensions, qui reproduisent au plus près les caractéristiques de la tumeur d’origine.
Ces organoïdes servent alors de banc d’essai pour évaluer l’efficacité de différents traitements : radiothérapie conventionnelle, radiothérapie aux ions carbone, chimiothérapie, immunothérapie ou thérapies ciblées. L’objectif est d’anticiper la réponse de la tumeur avant même de traiter le patient et d’identifier la stratégie la plus prometteuse pour chaque situation.
« Ces organoïdes servent alors de banc d’essai pour évaluer l’efficacité de différents traitements. L’objectif est d’anticiper la réponse de la tumeur »
Les organoïdes sont aujourd’hui de plus en plus utilisés en recherche médicale. « Ces mini-tumeurs présentent plusieurs avantages. Elles permettent à la fois de réduire le recours à l’expérimentation animale et de recréer des conditions beaucoup plus proches de la physiologie humaine », souligne le Pr Juliette Thariat.
L’étude OrgaVADS a déjà montré que les organoïdes peuvent reproduire la sensibilité d’une tumeur à différents traitements, notamment à la radiothérapie, y compris aux ions carbone, au cisplatine et à plusieurs médicaments innovants.
Les chercheurs ont notamment comparé l’effet des rayons X et des ions carbone sur des organoïdes issus de cinq patients. Dans chacun des modèles étudiés, les ions carbone ont détruit davantage de cellules cancéreuses que les rayons X. Plus remarquable encore, la tumeur la plus résistante à la radiothérapie conventionnelle s’est révélée être la plus sensible aux ions carbone.
« Dans chacun des modèles étudiés, les ions carbone ont détruit davantage de cellules cancéreuses que les rayons X. »
Vers une radiothérapie personnalisée ?
Ces résultats laissent espérer que les ions carbone pourraient permettre de traiter certaines tumeurs que la radiothérapie conventionnelle ne parvient pas à contrôler efficacement. Plus largement, ils ouvrent la voie à une radiothérapie personnalisée et de précision, dans laquelle le choix du traitement ne reposerait plus seulement sur le type de cancer, mais également sur la réponse propre de la tumeur de chaque patient (testée en amont sur un organoïde).
Depuis ces premiers résultats, l’étude se poursuit au Centre François Baclesse de Caen. Une vingtaine de patients a participé à des tests thérapeutiques sur des organoïdes issus de leur propre tumeur, afin de déterminer les traitements potentiellement les plus efficaces pour eux.
L’hadronthérapie reste très peu répandue en France. Le Pr Thariat développe : « L’objectif à long terme serait que ces tests sur organoïdes puissent être proposés à chaque patient. Dans les cas où les organoïdes répondent mieux à l’hadronthérapie, il serait alors envisageable de proposer au patient d’être traité dans un centre qui la propose. »
« Les ions carbone pourraient permettre de traiter certaines tumeurs que la radiothérapie conventionnelle ne parvient pas à contrôler efficacement. »
Propos recueillis par Violaine Badie
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