La “Lettre à son corps” de Maguelone
Dans le cadre de la formation au pair-accompagnement de Corasso, un module d’écriture invite les participants à adresser une lettre à son corps, pour mettre des mots sur les difficultés, les changements, mais aussi les ressources et les chemins de reconstruction. Voici la lettre de Maguelone.

À l’allié qui m’a fait un pied de nez,
C’était bien joué de t’attaquer à ma langue, moi qui ne fais que parler. Je l’avoue, j’ai souri et je t’ai aussi un peu maudit.
Envisager ne plus pouvoir en placer une m’a obligée à cogiter, ça tombe bien, j’aime bien cogiter et comprendre, tenter de donner un semblant de sens.
Et puis parfois, on a beau cogiter, il n’y a rien à comprendre, alors il vaut mieux en rire. Moi j’ai décidé d’en rire et de t’accepter tel que tu es.
Ce ne m’a pas pris beaucoup de temps finalement ; en t’acceptant sans colère, je te mettais de mon côté et à deux, on est toujours pus fort pour affronter l’après.
Depuis, je te parle souvent de ces picotements incessants, de l’amertume, de l’acidité, de ce goût que tu m’as volé et de cette sensation de peau de poulet épilé que tu as infligé à ma nouvelle langue en deux morceaux. C’est ainsi, je m’y fais !
Tu viens à l’instant de m’envoyer un petit spasme discret dans ma bouche, tu as cerné que je parlais de toi : dans ta clémence, tu as eu la bonne idée de me laisser une langue bien vivante, un peu morte certes, mais toujours vivante qui avance désormais tranquillement sans se retourner.
Sur ce, je te souhaite une très bonne journée,
Maguelone





