Témoignage de Dimitri | Un cancer du cavum en tant qu’AJA

« Des années après le diagnostic de mon cancer du cavum, je suis prêt à accompagner d’autres jeunes patients »

À 18 ans, Dim­itri est diag­nos­tiqué d’un can­cer du cavum. Quelques mois après un pre­mier traite­ment, la mal­adie récidive. Mais après plusieurs chimio-radio­thérapies et inter­ven­tions chirur­gi­cales, il se sent mieux et recon­stru­it pro­gres­sive­ment sa vie. Aujourd’hui âgé de 33 ans, engagé dans plusieurs asso­ci­a­tions dont Coras­so, il souhaite met­tre son expéri­ence au ser­vice des Ado­les­cents et Jeunes Adultes (AJA) atteints de cancer.

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A 18 ans, alors qu’il tra­vaille dans le domaine de la vente durant l’été, Dim­itri perd bru­tale­ment l’audition d’une oreille. Quelques jours aupar­a­vant, il a été vic­time d’un acci­dent de voiture.

« Je n’ai eu aucun symp­tôme le jour de l’accident. Mais deux ou trois jours après, quand je suis retourné au tra­vail, je n’entendais plus rien d’une oreille », se sou­vient Dimitri. 

Un pre­mier médecin ORL évoque une otite séreuse. Mais les symp­tômes s’intensifient : douleurs à l’oreille, au vis­age et au nez, fatigue extrême. Au lycée, ses enseignants remar­quent qu’il s’endort en classe. Après plusieurs pas­sages aux urgences, un médecin iden­ti­fie finale­ment la tumeur. Une biop­sie au niveau du cavum con­firme le diag­nos­tic. À 18 ans, Dim­itri décou­vre alors la can­cérolo­gie : il com­mence une pre­mière chimio-radio­thérapie au CHU de Saint-Étienne.

Le traite­ment dure env­i­ron deux mois. À cette péri­ode, sa vie se réduit essen­tielle­ment aux soins et repos à domicile. 

« J’étais seul avec ma mère. Je voy­ais aus­si des médecins et des infir­miers, c’est tout. Au début, mes amis me rendaient vis­ite à l’hôpital. Mais après quelques mois, beau­coup m’ont délais­sé », regrette-t-il. 

Pour un jeune de 18 ans, cette rup­ture avec la vie sociale et sco­laire est par­ti­c­ulière­ment brutale.

 « Deux ou trois mois après, je perds la vue d’un œil »

Alors qu’il vient de ter­min­er son pre­mier traite­ment, Dim­itri perd bru­tale­ment la vision d’un œil. « La tumeur avait atteint le nerf optique », con­fie-t-il. Com­mence alors une péri­ode par­ti­c­ulière­ment dif­fi­cile. Les exa­m­ens ne per­me­t­tent pas immé­di­ate­ment de com­pren­dre ce qui se passe. Mais grâce à une amie proche de sa mère, il obtient finale­ment un ren­dez-vous en urgence au Cen­tre Léon Bérard, à Lyon. La récidive est alors diag­nos­tiquée. « On m’a annon­cé qu’il y avait un nou­veau can­cer. On ne me don­nait pas beau­coup de mois à sur­vivre parce qu’il était vrai­ment très éten­du ».  À 19 ans, Dim­itri doit repren­dre les traitements.

La deux­ième prise en charge asso­cie de nou­veau chimio­thérapie et radio­thérapie, avec des traite­ments plus inten­sifs et plusieurs hos­pi­tal­i­sa­tions. « C’était plus fort. Ils voulaient vrai­ment atta­quer vite, très vite », note Dim­itri. Cette deux­ième péri­ode dure env­i­ron deux à trois mois. Dim­itri souf­fre tou­jours mais le traite­ment finit par fonc­tion­ner. La tumeur disparaît. 

« J’ai per­du les deux tiers de mes amis »

Très jeune, Dim­itri doit alors appren­dre à vivre après le can­cer. « Cela n’a pas été un long fleuve tran­quille. J’ai notam­ment eu plusieurs inter­ven­tions chirur­gi­cales au niveau du nez, de la mâchoire, du cavum… », indique t‑il. Les douleurs per­sis­tent pen­dant plusieurs années lors desquelles il reste sous traite­ments antalgiques. 

La mal­adie boule­verse aus­si ses rela­tions sociales. « J’ai per­du les deux tiers de mes amis. Eux, ils ont con­tin­ué leurs études, ils ont fait des soirées. Moi, j’étais chez ma mère. Jeune, malade, au repos », se sou­vient-il avec amer­tume. Cette phrase résume pour lui le décalage créé par la mal­adie : pen­dant que les autres con­stru­isent leur vie de jeunes adultes, lui, doit d’abord récupérer.

Pro­gres­sive­ment, pour­tant, il se sent mieux : l’envie de repren­dre sa vie en main revient. Il reprend des études, puis, se tourne vers le sport. Depuis 2024, il pra­tique notam­ment le hand­ball au sein d’une asso­ci­a­tion lyonnaise.

« Je suis prêt psy­chologique­ment, men­tale­ment, physique­ment à me don­ner aux autres »

Cette recon­struc­tion con­duit égale­ment Dim­itri vers l’engagement asso­ci­atif. Il décou­vre notam­ment Aïda (asso­ci­a­tion dédiée aux AJA). « Aujourd’hui, je suis prêt psy­chologique­ment, men­tale­ment, physique­ment à me don­ner aux autres. Je suis bénév­ole au sein d’ Aïda. Je présente l’association aux AJA, je par­ticipe aux week-ends entre pairs et j’ai envie d’entreprendre d’autres pro­jets à côté de cet engage­ment », affirme-t-il.

Récem­ment, Dim­itri s’est égale­ment rap­proché de Coras­so et souhaite s’engager auprès des jeunes con­cernés par les can­cers tête et cou. Son expéri­ence de jeune malade lui donne envie de con­tribuer à amélior­er l’accompagnement des patients, mais aus­si, de témoigner.

» En savoir plus sur le groupe de pro­jet AJA créé par Corasso

 « Mon but, c’est de tra­vailler dans l’animation pour les jeunes malades »

À 33 ans, Dim­itri con­stru­it désor­mais un nou­veau pro­jet pro­fes­sion­nel. Après avoir obtenu un Diplôme d’Ac­cès aux Études Uni­ver­si­taires (DAEU), il suit une for­ma­tion dédiée à la mise en œuvre et à l’évaluation du parte­nar­i­at patient-pro­fes­sion­nel dans toutes les dimen­sions du sys­tème de san­té. « Mon objec­tif, c’est de tra­vailler dans les domaines de l’animation et l’information pour les jeunes atteints de can­cer, de 18 à 30 ans, au sein de struc­tures hos­pi­tal­ières et d’associations », précise-t-il. 

Son par­cours lui a fait pren­dre con­science de l’importance d’un accom­pa­g­ne­ment spé­ci­fique pour les jeunes con­fron­tés au can­cer : « il ne faut pas seule­ment soign­er la mal­adie. Il est indis­pens­able d’aider les AJA à préserv­er leurs liens soci­aux, leurs études, leurs pro­jets et leur avenir », insiste-t-il.

Dim­itri reste lucide sur les traces psy­chologiques lais­sées par son his­toire. Mais aujourd’hui, ces fragilités coex­is­tent avec une vie faite de pro­jets, de sport, d’études, d’engagements asso­ci­at­ifs et de nou­velles ren­con­tres. Après avoir longtemps été celui que l’on soute­nait, Dim­itri veut désor­mais accom­pa­g­n­er à son tour. « Je suis enfin prêt à me don­ner aux autres. C’est l’année où j’ai envie de met­tre en place une mul­ti­tude de pro­jets », con­clut-il avec assurance. 


Pro­pos recueil­lis par Hélia Hakimi-Prévot

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