L’acupuncture pour soulager la douleur, la fatigue et les troubles sensoriels
Face à certains symptômes causés par les traitements, l’acupuncture peut offrir des solutions concrètes. Le Dr Eliane Tang, ancienne oncologue désormais médecin acupuncteur, nous explique comment cette pratique millénaire peut vous aider.

Qu’est-ce que l’acupuncture et comment fonctionne-t-elle ?
Issue de la médecine traditionnelle chinoise vieille de plus de 3 500 ans, l’acupuncture est reconnue par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme un traitement médical à part entière. Elle repose sur une vision globale du corps humain, appréhendé à travers un réseau de 12 méridiens principaux où circulent l’énergie et le sang.
« On peut comparer ces méridiens à un plan de métro », schématise le Dr Eliane Tang. « Chaque ligne correspond à un organe et abrite des stations précises : les points d’acupuncture. » Le corps humain en compte 365, chacun possédant une propriété spécifique (antalgique, anti-inflammatoire, digestive, etc.). « Quand tout va bien, l’énergie circule librement dans notre corps. Mais sous l’effet des traitements lourds ou de la maladie, des blocages se forment, déclenchant certains symptômes ».
La stimulation de ces points par de très fines aiguilles en acier (à usage unique) provoque une réaction en chaîne dans le système nerveux. Ce stimulus envoie des messages jusqu’au cerveau, qui ordonne la libération de neurotransmetteurs et d’hormones du bien-être (endorphines, sérotonine, ocytocine) ainsi que d’opioïdes endogènes, de puissants anti-douleurs naturels.
Pour les patients phobiques des aiguilles, l’acupuncture au laser est une alternative indolore et tout aussi efficace. Cette technique utilise un stylo qui délivre une lumière rouge/infrarouge de basse énergie non irradiante, directement au contact du point d’acupuncture.
Un intérêt majeur pour les patients souffrant d’un cancer ORL
L’un des grands avantages de cette approche réside dans sa transversalité : « Lors d’une même séance, nous pouvons traiter simultanément de nombreux troubles, la douleur et l’anxiété des patients », souligne le Dr Tang. S’agissant d’une approche non médicamenteuse, « il n’y a ni contre-indication ni risque d’interaction avec les traitements », précise le Dr Tang. Elle peut être pratiquée chez les patients sous anticoagulants ou présentant des baisses de plaquettes. De plus, en stimulant les méridiens liés aux reins, l’acupuncture soutient activement les défenses immunitaires et aide l’organisme à régénérer ses cellules sanguines ».
Soulager la douleur et les troubles mécaniques
Qu’il s’agisse de douleurs post-opératoires ou de douleurs provoquées par la radiothérapie, l’acupuncture peut agir directement sur les fibres nerveuses inhibitrices de la douleur. Elle est particulièrement bénéfique en cas de trismus (limitation de l’ouverture de la bouche) ou de fibroses cervicales contracturées, car elle favorise la relaxation musculaire, réduit l’inflammation locale, assouplit les tissus fibreux, redonnant ainsi de la mobilité aux patients. On l’associe souvent à la kinésithérapie maxillo-faciale.
» Tout savoir sur la kinésithérapie maxillo-faciale dans cet article sur notre site
Atténuer les effets digestifs et la fatigue
Associée à la chimiothérapie, elle contribue à combattre les nausées, les vomissements, la constipation ou la diarrhée. De plus, elle stimule les fonctions de la rate et de l’estomac pour redonner de l’énergie.
Gérer la sécheresse et les troubles sensoriels
La radiothérapie peut altérer les glandes salivaires. L’acupuncture aide à réguler ces sécrétions, qu’il s’agisse d’une sécheresse buccale sévère (xérostomie) ou, à l’inverse, d’une hypersalivation. Elle apporte également un soutien face à la perte du goût (dysgueusie) et de l’odorat, en relançant la microcirculation de la muqueuse buccale. Face aux neuropathies (lésions des petits nerfs), elle agit comme un puissant neuromodulateur : en stimulant les fibres nerveuses spécifiques, elle envoie un signal au cerveau pour libérer des endorphines (analgésiques naturels du corps) et bloquer localement les messages de la douleur.
» Lire le témoignage de Jacques, ayant retrouver l’odorat grâce à une rééducation adaptée
Comment se déroule le traitement ?
Une consultation débute toujours par un interrogatoire minutieux. Le médecin évalue les symptômes physiques mais s’intéresse aussi au sommeil, à la digestion, à l’humeur … Un examen de la langue et la prise des pouls complètent ce diagnostic global. Les aiguilles sont ensuite posées pour une durée de 15 à 20 minutes. Si la piqûre peut être légèrement sensible sur certaines zones comme les extrémités, la douleur s’estompe en quelques secondes pour laisser place à une profonde détente.
L’idéal est de réaliser une séance 2 à 3 jours avant chaque cycle de chimiothérapie afin d’anticiper et de prévenir les effets secondaires. En cours de radiothérapie, une séance hebdomadaire est recommandée. Une fois les traitements lourds achevés, les séances peuvent être espacées (tous les mois ou tous les 2 mois) pour aider à la récupération, accélérer la régénération tissulaire, soulager les douleurs et les effets secondaires persistants ou traiter les séquelles à long terme.
À qui s’adresser ?
En France, la pratique légale requiert l’obtention d’une “Capacité médicale d’acupuncture”, une formation universitaire de 3 ans réservée aux médecins et aux sage-femmes. Demandez conseil à votre oncologue. Ou effectuez une recherche sur le site de la FAFORMEC.
Témoignage de Marie-Josée, 40 ans
“J’ai eu un carcinome épidermoïde de l’amygdale gauche. La progression de la tumeur et la prise en charge avec de la chimiothérapie et de la radiothérapie ont été très durs, tant sur le plan physique que psychique. La radiothérapie a entraîné une paralysie faciale côté gauche de mon visage. Je suis sourde de l’oreille gauche, j’entends très faiblement. Je me nourris grâce à une sonde gastrique car ma mâchoire bloquée empêche l’ouverture de ma bouche.
Mon oncologue m’a parlé du Dr Tang qui pratiquait l’acupuncture au laser . Je n’avais jamais consulté d’acupuncteur auparavant. Cette dernière m’a expliqué que l’objectif était de réveiller les nerfs endommagés. Elle ne m’a pas caché que serait long et… un peu douloureux. Au fil des séances, je ressens du changement dans tout mon être. Je sens mes lèvres bouger quand j’essaie de parler. C’est vrai que c’est un peu douloureux. Pas sur le moment mais après la séance je ressens comme des décharges électriques. Mais ça vaut le coup de supporter car je vois les progrès et mon entourage aussi !”
Propos recueillis par Céline Dufranc
POUR ALLER PLUS LOIN :
- En savoir plus sur les références des études scientifiques prouvant l’efficacité de l’acupuncture en cancérologie.
- Découvrir le dry needling, une technique occidentale alternative à l’acupuncture.
- En savoir plus sur l’ensemble des soins de support en cancérologie.





