Association Aïda : la jeunesse engagée face au cancer

Chaque année, le can­cer boule­verse la vie de mil­liers d’adolescents et de jeunes adultes. L’association Aïda mobilise des bénév­oles pour les accom­pa­g­n­er, à l’hôpital et en dehors, de manière à préserv­er autant que pos­si­ble leur vie sociale et leur quo­ti­di­en. L’association déploie égale­ment de nom­breuses autres ini­tia­tives, avec tou­jours la même ambi­tion : une sol­i­dar­ité par les jeunes, pour les jeunes, qui entend remet­tre la vie au cœur du par­cours de soins.

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L’adolescence, puis les pre­miers pas dans le monde adulte, une péri­ode de la vie riche en pro­jets, en promess­es, en rêves et envies en tous gen­res. Quand les pen­sées sont tournées vers l’avenir, vers l’achat d’un scoot­er, vers l’épreuve du per­mis de con­duire, vers le choix des études, vers les pre­miers stages ou le pre­mier emploi, vers les pre­mières amours, quelques mots pronon­cés par des pro­fes­sion­nels de la san­té vien­nent par­fois tout cham­bouler. L’annonce d’un can­cer bous­cule le quo­ti­di­en, quel que soit l’âge auquel la mal­adie survient. Mais lorsqu’elle s’immisce au cœur de la jeunesse, elle vient met­tre à l’épreuve une péri­ode sen­si­ble, avec ses besoins et ses ques­tion­nements pro­pres.

« Lorsque l’annonce d’un can­cer s’immisce au cœur de la jeunesse, elle vient met­tre à l’épreuve une péri­ode sen­si­ble, avec ses besoins et ses ques­tion­nements propres. »

Un déclic à l’origine de l’association Aïda

Nous sommes en 2015. Léa Moukanas a seule­ment 15 ans lorsqu’elle crée Aïda. Ce nom, hom­mage à sa grand-mère décédée quelques mois plus tôt d’une leucémie, est riche de sens. C’est en lui ren­dant vis­ite à l’hôpital que Léa est frap­pée par une réal­ité décon­cer­tante : elle y ren­con­tre des jeunes de son âge, touchés eux aus­si par la maladie. 

« Env­i­ron 2500 jeunes se voient diag­nos­ti­quer un can­cer chaque année, tous types de can­cers con­fon­dus. Il s’agit de la tranche d’âge entre 15 et 25 ans, qui est retenue en France pour par­ler des can­cers qui touchent les ado­les­cents et jeunes adultes ou AJA, même si elle inclut de plus en plus de per­son­nes jusqu’à 30 ans », détaille Jali­ni Rou­vière, respon­s­able développe­ment de l’association Aïda. « Au niveau psy­choso­cial, c’est l’âge où l’on s’é­mancipe, où l’on con­stru­it son iden­tité. Quand le can­cer arrive, c’est un boule­verse­ment complet. »

Or, à 15 ans, on n’est plus vrai­ment un enfant. À 25 ans, on est à peine un adulte. Pour pren­dre en charge ces jeunes, deux choix se dessi­nent : les unités d’oncologie pédi­a­trique ou les unités d’oncologie adulte. Entre les deux ? Rien de spé­ci­fique­ment dédié à l’époque*. 

« Au niveau psy­choso­cial, c’est l’âge où l’on s’é­mancipe, où l’on con­stru­it son iden­tité. Quand le can­cer arrive, c’est un boule­verse­ment complet. »

Après cette vis­ite à l’hôpital, Léa Moukanas souhaite faire un geste, pour adoucir le quo­ti­di­en de ces jeunes soignés dans des ser­vices où la moyenne d’âge dépasse sou­vent les 60 ans. Même s’ils béné­fi­cient d’un accueil et de soins de qual­ité, le décalage entre la fougue de leur jeunesse et cet envi­ron­nement senior la taraude. Elle va alors mobilis­er sa classe de sec­onde et pro­pos­er une vis­ite des­tinée sim­ple­ment à con­necter des jeunes à d’autres jeunes. Une vis­ite pour pass­er un moment de détente et de fête, sans par­ler de la mal­adie. « Elle s’est heurtée à pas mal de refus, jusqu’à ce qu’un ser­vice d’oncologie accepte », racon­te Jali­ni Rouvière. 

Cette ini­tia­tive devient le fonde­ment d’un pro­jet de plus grande ampleur. Léa Moukanas crée l’association Aïda en jan­vi­er 2015, asso­ci­a­tion loi 1901 qui accom­pa­gne des jeunes qui font face au can­cer. Avec la fraîcheur car­ac­téris­tique de l’adolescence, elle crée un mod­èle inno­vant. Ici, ce sont des jeunes qui s’engagent, pour d’autres jeunes, avec un objec­tif noble : faire en sorte que les échanges s’articulent autour de leurs points com­muns, pour rap­pel­er aux jeunes patients qu’ils ne sont, juste­ment, pas que des patients. 

« Léa Moukanas crée l’association Aïda en jan­vi­er 2015, asso­ci­a­tion loi 1901 qui accom­pa­gne des jeunes qui font face au cancer. »

Un objectif commun, des missions multiples

« Nous accom­pa­gnons aujourd’hui 2200 jeunes par an, pen­dant et après leurs traite­ments con­tre le can­cer, avec l’aide de 2500 bénév­oles dont la moyenne d’âge est de 19 ans », décrit Jali­ni Rou­vière. Par­tic­u­lar­ité d’Aïda : il est pos­si­ble de s’engager dans l’association dès 15 ans. Toute per­son­ne qui souhaite devenir bénév­ole par­ticipe à une for­ma­tion, dis­pen­sée sur une après-midi, ain­si qu’à des points réguliers avec des psy­cho­logues. « Il faut bien évidem­ment être sen­si­bil­isé à ces cir­con­stances par­ti­c­ulières, à ces sujets de san­té, savoir com­ment on s’adresse à une per­son­ne malade, con­naître quelques règles pour aider, tout en se préser­vant soi. » 

« Par­tic­u­lar­ité d’Aïda : il est pos­si­ble de s’engager dans l’association dès 15 ans. »

Les mis­sions d’Aïda se découpent en trois grands volets :

  • accom­pa­g­n­er les jeunes pen­dant les traite­ments ;
  • accom­pa­g­n­er les jeunes dans l’après-can­cer ;
  • dévelop­per le pou­voir d’a­gir des jeunes sur leur san­té et celle des autres.

1. Pendant le cancer, les rencontres de pair à pair

C’est un peu là que tout a com­mencé, avec ces actions ancrées désor­mais dans l’ADN d’Aïda. « Nous organ­isons des ren­con­tres de manière très régulière dans les hôpi­taux avec lesquels nous avons des con­ven­tions de parte­nar­i­at. Nos jeunes bénév­oles se ren­dent en groupe dans les ser­vices de can­cérolo­gie, pour aller à la ren­con­tre d’autres jeunes, afin de partager un moment autour d’une activ­ité créa­tive, de musique… Ce sont des moments où l’on passe du temps entre pairs, sans évo­quer la mal­adie », pour­suit Jali­ni Rou­vière.

D’autres pro­grammes des­tinés à soutenir des jeunes malades durant leurs traite­ments sont déployés, notam­ment durant les vacances d’été et les vacances de Noël. Un exem­ple : le pro­gramme « Noël à l’hôpi­tal » per­met d’offrir chaque année 10000 cadeaux aux patients et à leurs soignants. « Des cadeaux qui leur cor­re­spon­dent vrai­ment puisque nous étab­lis­sons en amont une liste dans laque­lle les dona­teurs peu­vent piocher. »

« Nos jeunes bénév­oles se ren­dent en groupe dans les ser­vices de can­cérolo­gie, pour aller à la ren­con­tre d’autres jeunes, afin de partager un moment autour d’une activ­ité créa­tive, de musique… Ce sont des moments où l’on passe du temps entre pairs,  sans évo­quer la maladie »

2. Après la maladie, sortir de cette parenthèse 

Et après le can­cer ? Com­ment repren­dre une vie nor­male ? Com­ment recom­mencer à se pro­jeter ? « Nous nous sommes ren­du compte qu’il existe des besoins d’accompagnement presque plus impor­tants dans la péri­ode post-traite­ment que pen­dant les traite­ments, où les jeunes sont très suiv­is, entourés par les équipes médi­cales. Une fois en rémis­sion, ils peu­vent se sen­tir un peu aban­don­nés, livrés à eux-mêmes, avec une injonc­tion forte de tourn­er la page du can­cer », explique la respon­s­able développe­ment d’Aïda. 

« Nous nous sommes ren­du compte qu’il existe des besoins d’accompagnement presque plus impor­tants dans la péri­ode post-traitement. »

La rémis­sion tant espérée est annon­cée. Une nou­velle réjouis­sante, certes, avec laque­lle sur­git la néces­sité de se recon­necter à ses amis, de retrou­ver ses activ­ités, de repren­dre ses études, de trou­ver un tra­vail… Par­fois s’ajoute aus­si un suivi à long terme, une ges­tion des séquelles de la mal­adie, vis­i­bles ou invisibles. 

« Pour les accom­pa­g­n­er dans l’après-cancer dans les meilleures con­di­tions pos­si­bles, nous avons créé plusieurs pro­grammes, notam­ment le pro­gramme High­way to Health. » Der­rière cette référence au titre emblé­ma­tique d’AC/DC, se cachent plusieurs week-ends organ­isés, répar­tis sur une année et totale­ment gra­tu­its. « Des week-ends entre jeunes avant tout. C’est vrai­ment ce point d’entrée qui les incite à venir, pour pass­er un bon moment. »

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Rassem­ble­ments de jeunes durant les week-ends du pro­gramme High­way to Health.
Crédit image : Asso­ci­a­tion Aïda

Durant ces week-ends, une quar­an­taine d’activités dif­férentes sont pro­posées, cer­taines pure­ment diver­tis­santes, d’autres autour de soins de sup­port, d’autres encore autour d’ateliers pour pré­par­er l’avenir : mas­sages détente, ani­ma­tions ludiques, ate­lier créa­tion de CV, soins de socio-esthé­tique… La grande spé­ci­ficité d’Aïda est juste­ment de créer des portes d’entrées attrac­tives, pour amen­er les jeunes à repren­dre le fil de leur vie, tout en recréant un lien social et en prenant soin de leur san­té.

« Pour les accom­pa­g­n­er dans l’après-cancer, nous avons créé plusieurs pro­grammes, notam­ment le pro­gramme High­way to Health, des week-ends organ­isés entre jeunes, avant tout pour pass­er un bon moment. »

« Pour aller plus loin, en com­plé­ment des week-ends organ­isés sur l’ensemble du ter­ri­toire mét­ro­pol­i­tain, nous avons voulu ouvrir un lieu qui per­met aux jeunes de retrou­ver ce même accom­pa­g­ne­ment toute l’année. Nous avons inau­guré la Mai­son A, pre­mier tiers-lieu de san­té dédié aux jeunes après un can­cer, le 16 juin dernier. L’espace d’environ 1000 m2, situé au cœur du 10e arrondisse­ment parisien**, a pour objec­tif d’accueil­lir des jeunes dans leur par­cours post-can­cer et de faire de la préven­tion, le tout de manière décon­trac­tée et ludique », développe Jali­ni Rouvière.

La Mai­son A dis­pose d’un café — le café Trë­ma, ouvert au grand pub­lic -, dans lequel seront seront organ­isés des événe­ments var­iés (con­certs, évène­ments en lien avec le can­cer et la préven­tion, etc.). Le tiers-lieu se divise ensuite en dif­férents espaces d’accompagnement, don­nant accès à des con­sul­ta­tions et à des soins de sup­port (axés notam­ment sur la san­té men­tale, la sex­u­al­ité, la nutri­tion, l’activité physique adap­tée ou APA, la réin­ser­tion professionnelle). 

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La Mai­son A, dans le 10 arrondisse­ment de Paris, a été inau­gurée en juin 2026.
Crédit image : Asso­ci­a­tion Aïda 

La Mai­son A dis­pose aus­si, entre autres, d’une salle de sport et d’un espace « Snoeze­len », basé sur une méth­ode née aux Pays-Bas dans les années 70. Le con­cept est de favoris­er la détente et le bien-être à tra­vers des explo­rations sen­sorielles comme des jeux de lumière, des sons, etc.

« La Mai­son A, située dans le 10e arrondisse­me­ment parisien, est le pre­mier tiers-lieu de san­té dédié aux jeunes après un cancer. »

3. Rendre les jeunes acteurs du changement

Le troisième volet d’action de l’association Aïda vise à dévelop­per le pou­voir d’a­gir des jeunes, c’est-à-dire à leur don­ner les capac­ités de s’in­ve­stir pour leur pro­pre san­té ain­si que celles des autres. Jali­ni Rou­vière explicite : « Nous avons deux pro­grammes dans ce sens. Le pre­mier est l’Académie des AJA, une for­ma­tion de patients parte­naires créée avec Sci­ence Po en 2021. Chaque année, quinze jeunes patients ayant eu un can­cer sont for­més afin de trans­former leur expéri­ence en exper­tise. Exper­tise qui peut ensuite être mise à con­tri­bu­tion pour devenir par exem­ple inter­venant à l’hôpi­tal, pour inté­gr­er des groupes de tra­vail avec les autorités publiques, pour pren­dre la parole dans les médias. »

« L’Académie des AJA est une for­ma­tion de patients parte­naires créée avec Sci­ence Po en 2021. Chaque année, quinze jeunes patients ayant eu un can­cer sont for­més afin de trans­former leur expéri­ence en expertise. »

Le deux­ième pro­gramme s’adresse cette fois au grand pub­lic, tou­jours aux jeunes, à tra­vers des cam­pagnes de préven­tion pri­maire. « Qu’il s’agisse de vidéos sur les réseaux soci­aux ou d’interventions dans les étab­lisse­ments sco­laires, les mes­sages de préven­tion doivent tou­jours être véhiculés de manière pos­i­tive, sans injonc­tion ni cul­pa­bil­i­sa­tion », con­clut Jali­ni Rou­vière. Un ton tan­tôt léger, tan­tôt drôle, pour faire pass­er des mes­sages sérieux et essentiels.

Pour suivre l’association Aïda :


Pro­pos recueil­lis par Vio­laine Badie

* La pre­mière struc­ture en can­cérolo­gie dédiée aux Ado­les­cents et aux Jeunes Adultes, ou AJA, a été créée en 2002 à Gus­tave Roussy (Ville­juif). La prise en charge spé­ci­fique des AJA a été inscrite offi­cielle­ment dans le Plan Can­cer 2 (2009–2011). Il existe désor­mais 29 équipes régionales AJA en France.

** La Mai­son A est située au 34 rue de Par­adis, 75010 Paris

POUR ALLER PLUS LOIN :

- Décou­vrir le groupe de pro­jet AJA créé par l’as­so­ci­a­tion Coras­so.
- Écouter le pod­cast Cou de Tête d’Em­ma sur les enjeux spé­ci­fiques d’un can­cer de la gorge à 25 ans.
- Lire le témoignage de Dim­itri, jeune engagé au sein de l’as­so­ci­a­tion Aïda
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