Parotidectomie

Parotidectomie : causes, conséquences et déroulé d’une ablation chirurgicale de la glande parotide

Une tumeur au niveau de la parotide peut néces­siter de retir­er tout ou par­tie de la glande. Dans quels cas une parotidec­tomie est-elle envis­agée ? Com­ment se déroule l’intervention ? Quelles sont les suites post-chirur­gi­cales et les séquelles éventuelles ? Toutes les répons­es avec le Pr Alexan­dre Bozec, chirurgien cer­vi­co-facial à Nice.

parotidectomie

Dif­férentes glan­des sali­vaires sont dis­séminées dans la région de la face. Leur fonc­tion est de sécréter la salive des­tinée à humid­i­fi­er la muqueuse de la bouche et le bol ali­men­taire, à faciliter la dég­lu­ti­tion et la diges­tion, à préserv­er l’émail den­taire. On dis­tingue des glan­des sali­vaires prin­ci­pales (parotides, sous-max­il­laires, sub­lin­guales) et les glan­des acces­soires (très petites, au nom­bre de 750 à 1000).

Qu’est-ce qu’une parotidectomie ?

« Il s’agit de l’abla­tion chirur­gi­cale plus ou moins com­plète de la glande parotide qui est la plus volu­mineuse glande sali­vaire de l’organisme », informe le Pr Alexan­dre Bozec, chef du départe­ment de Chirurgie oncologique cer­vi­co-faciale au cen­tre Antoine Lacas­sagne et à l’Insti­tut Uni­ver­si­taire de la Face et du cou, à Nice.

Au nom­bre de deux, les glan­des parotides sont situées de manière symétrique de part et d’autre de la bouche, dans la joue, légère­ment en dessous et en avant de l’oreille.

La parotidec­tomie est dite par­tielle quand l’intervention chirur­gi­cale retire juste une par­tie de la glande, et totale quand l’ensemble de la glande est enlevé. 

De manière générale, l’ablation de la glande parotide est uni­latérale, c’est-à-dire réal­isée d’un seul côté. Les cas où les deux glan­des doivent être retirées, de chaque côté du vis­age, sont extrême­ment rares.

« Il s’agit de l’ab­la­tion chirur­gi­cale plus ou moins com­plète de la glande parotide qui est la plus volu­mineuse glande sali­vaire de l’organisme »

Quand est-il nécessaire de procéder à une parotidectomie ?

Plusieurs sit­u­a­tions néces­si­tent d’avoir recours à une parotidec­tomie. Le Pr Alexan­dre Bozec explicite : « Quand une tumeur se développe au sein même de la glande, il faut la retir­er. Selon la nature, la posi­tion et l’étendue de cette tumeur, nous devons enlever toute la glande ou seule­ment une par­tie. » Dans le cas de tumeurs can­céreuses, la plu­part du temps, une abla­tion totale est pratiquée.

Les tumeurs qui pren­nent nais­sance directe­ment dans la glande parotide, dites tumeurs prim­i­tives, sont de natures très dif­férentes. « Il existe beau­coup de sous-types tumoraux, bénins comme malins, avec une anato­mopatholo­gie assez com­plexe », com­plète le chirurgien.

» Voir notre arti­cle détail­lé sur les can­cers des glan­des salivaires

Égale­ment, il existe des tumeurs sec­ondaires de la glande parotide, pour l’essentiel des métas­tases gan­glion­naires. « À l’intérieur de la glande parotide se trou­vent des gan­glions, qui drainent prin­ci­pale­ment la région de la face et du cuir chevelu. Des tumeurs cutanées de la face, comme par exem­ple des mélanomes ou des car­ci­nomes épi­der­moïdes cutanés du vis­age peu­vent don­ner des métas­tases gan­glion­naires dans la parotide. » Là encore, l’ablation de la glande devient nécessaire.

Enfin, une tumeur can­céreuse dévelop­pée à prox­im­ité de la parotide peut finir par infil­tr­er la glande. La parotidec­tomie est pra­tiquée au cours de la résec­tion chirur­gi­cale de l’ensemble de la tumeur.

Quels sont les examens à réaliser avant une parotidectomie ?

« Une IRM est pra­tiquée, pour déter­min­er avec pré­ci­sion la local­i­sa­tion et l’étendue de la tumeur. Elle per­met aus­si de don­ner des argu­ments en faveur de la bénig­nité ou de la malig­nité d’une tumeur. Ensuite, nous réal­isons une cyto­ponc­tion guidée par échogra­phie », répond le Pr Alexan­dre Bozec. La cyto­ponc­tion con­siste à prélever des cel­lules au cœur de la tumeur, afin de les analyser pour déter­min­er sa nature can­céreuse ou non. « La cyto­ponc­tion ne donne pas un diag­nos­tic de cer­ti­tude, elle ori­ente seule­ment sur le car­ac­tère bénin ou malin de la tumeur. Le diag­nos­tic pré­cis doit tou­jours être con­fir­mé par une analyse anato­mopathologique de la tumeur, réal­isée sur les tis­sus retirés au cours de l’intervention chirurgicale. »

Un bilan clas­sique pré-opéra­toire est égale­ment pre­scrit en amont de la chirurgie.

« La cyto­ponc­tion ne donne pas un diag­nos­tic de cer­ti­tude, elle ori­ente seule­ment sur le car­ac­tère bénin ou malin de la tumeur. Le diag­nos­tic pré­cis doit tou­jours être con­fir­mé par une analyse anato­mopathologique de la tumeur. »

Comment se déroule une parotidectomie ?

« La grande par­tic­u­lar­ité de la glande parotide est que le nerf facial passe au milieu. C’est un nerf qui se divise en plusieurs branch­es et qui innerve toute la face, les mus­cles qui per­me­t­tent les expres­sions du vis­age, ceux qui font bouger la bouche, lever les sour­cils, fer­mer les paupières… », pour­suit le chirurgien cer­vi­co-facial. « Donc quand on réalise une parotidec­tomie, dans la majorité des cas, on pra­tique une dis­sec­tion du nerf facial. Cette dis­sec­tion est d’au­tant plus poussée que la parotidec­tomie est impor­tante, voire totale. »

Il ajoute : « Il est devenu assez stan­dard d’utilis­er un neu­rostim­u­la­teur pen­dant l’intervention. Des élec­trodes sont mis­es sur les dif­férents mus­cles du vis­age et reliées à un appareil. Avec un petit stylet que l’on pose sur le nerf et qui envoie un micro-courant, cela nous per­met de préserv­er au mieux les dif­férentes branch­es nerveuses. » L’objectif, comme pour toute inter­ven­tion chirur­gi­cale en oncolo­gie ORL, est de retir­er les tis­sus can­céreux tout en préser­vant au mieux les tis­sus sains, l’aspect esthé­tique et les dif­férentes fonc­tions (ici les mou­ve­ments du visage). 

Les opéra­tions de résec­tion des tumeurs can­céreuses ORL s’accompagnent sou­vent d’une étape de recon­struc­tion, plus ou moins com­plexe. Une recon­struc­tion du nerf facial peut donc être envis­agée pen­dant la parotidectomie.

« La grande par­tic­u­lar­ité de la glande parotide est que le nerf facial passe au milieu. C’est un nerf qui se divise en plusieurs branch­es et qui innerve toute la face. »

» Pour en savoir plus sur les recon­struc­tions nerveuses en oncolo­gie tête et cou, con­sul­tez notre arti­cle dédié

La résec­tion de la tumeur per­met de l’analyser avec pré­ci­sion. Une pre­mière analyse anato­mo-pathologique est générale­ment effec­tuée pen­dant l’opération, soit en « extem­po­rané ». Si un diag­nos­tic de can­cer est con­fir­mé, l’équipe chirur­gi­cale peut décider de retir­er égale­ment la chaîne gan­glion­naire la plus proche, située dans le cou. On par­le de curage gan­glion­naire.

Selon la com­plex­ité de la parotidec­tomie, la dis­sec­tion ou non asso­ciée du nerf facial, l’intervention peut dur­er 1 heure à 2 heures, voire plus. Les inci­sions sont réal­isées, dans la majorité des cas, à la racine de l’oreille (comme pour les lift­ings), puis dans un pli du cou ou à l’arrière de l’oreille en suiv­ant l’implantation des cheveux. Ces local­i­sa­tions per­me­t­tent de dis­simuler autant que pos­si­ble les cicatrices.

Après la parotidectomie, quelles sont les suites chirurgicales et les séquelles possibles ?

Cer­taines parotidec­tomies peu­vent être réal­isées en ambu­la­toire. Un accom­pa­g­ne­ment infir­mi­er (suivi, change­ment des panse­ments, etc.) est alors mis en place au domi­cile. Dans les cas plus com­plex­es, une hos­pi­tal­i­sa­tion de quelques jours est néces­saire puis les soins sont pour­suiv­is au domicile.

Une par­tic­u­lar­ité est à not­er, selon le Pr Alexan­dre Bozec : « Il faut compter un délai de cica­tri­sa­tion de l’or­dre d’une dizaine de jours. Il peut être un peu pro­longé par le fait que, comme on coupe dans la glande sali­vaire notam­ment quand on fait des chirur­gies par­tielles, on va laiss­er des morceaux sec­tion­nés qui vont con­tin­uer à sécréter de la salive ». Cette pro­duc­tion de liq­uide dans la plaie s’é­vac­ue entre les points de suture, ren­dant le champ opéra­toire humide et ralen­tis­sant un peu la cica­tri­sa­tion.

« Il faut compter un délai de cica­tri­sa­tion de l’or­dre d’une dizaine de jours. »

La prin­ci­pale com­pli­ca­tion d’une parotidec­tomie, bien que rare, reste une paralysie du nerf facial (paralysie par­fois déjà présente avant l’opération quand la tumeur a envahi le nerf). La paralysie est plus ou moins sévère et affecte dif­férentes par­ties du vis­age selon les branch­es nerveuses sec­tion­nées : dif­fi­cultés à lever le sour­cil, à fer­mer la paupière, à sourire, à manger, à fer­mer la bouche, etc.

» Tout savoir sur la paralysie du nerf facial (orig­ine, grade, rééducation)

Même en cas de parotidec­tomie totale, la pro­duc­tion de salive glob­ale n’est générale­ment pas altérée, puisque les autres glan­des sali­vaires pren­nent le relais.

Quel accompagnement est proposé pour réduire les séquelles ?

La kinésithérapie et la réé­d­u­ca­tion ortho­phonique peu­vent être utiles en cas de paralysie faciale, pour récupér­er au mieux et appren­dre à com­penser le déficit nerveux.

Un défaut de fer­me­ture de la paupière va néces­siter un suivi par­ti­c­uli­er, pour éviter un assèche­ment de la sur­face ocu­laire (con­sul­ta­tion avec un oph­tal­mo­logue, pre­scrip­tion de larmes arti­fi­cielles, de pom­mades, etc.)

» Plus d’informations sur les trou­bles ocu­laires en cas de can­cer ORL

Enfin, face à un défaut de symétrie du vis­age, comme un sourire ou un sour­cil qui s’élève moins d’un côté, des injec­tions de tox­ine bot­ulique peu­vent être envis­agées du côté sain. L’objectif est de rétablir une cer­taine symétrie dans les expres­sions et les con­trac­tions musculaires.


Pro­pos recueil­lis par Vio­laine Badie

POUR ALLER PLUS LOIN :

- Pré­par­er son inter­ven­tion : les indis­pens­ables à met­tre dans sa valise.
- Tout savoir sur le ren­dez-vous avec l’anesthé­siste.
- Lire le témoignage de Mag­a­lie, opérée par parotidectomie.

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