Certains s’évadent dans la lecture, et cette occupation les détournent de leurs soucis quotidiens en les éloignant l’espace d’un moment de ce qui leur arrive.

Nombreux ont un travail, des obligations, des enfants ou des familles à charge, autant de tâches pour lesquelles ils ne peuvent se dérober. Et effectivement de 1986 à 1991, lors de mon premier cancer des cordes vocales ma première préoccupation résidait non pas dans la lutte contre un cancer, certes relativement handicapant, mais dans la gestion de ma première société relative à une perte d’emploi, et la création d’une autre dans la foulée après la liquidation de la première, ce dont il faut tout de même le dire, je n’ai pas été tenu responsable.

Comme je ne pouvais rester inactif, je me suis ensuite lancé dans la peinture de toiles pour finalement passer rapidement à l’écriture sous forme de nouvelles, petites histoires et anecdotes diverses.

Je dois avouer que cet exercice m’a fait énormément de bien reléguant tous les affres de ce que je vivais au second plan. Quand on met les mots aux maux, on relativise beaucoup mieux ce qu’on vit. On peut même dire que ce travail, car c’en est un, m’a servi d’introspection. Presque une auto-psychothérapie.

J’ai invité récemment quelques membres de Corasso à en faire autant… et j’inciterais d’ailleurs tout le monde à en faire autant.

Quant à ce qui me concerne, raconter des histoires, c’est un peu voyager, s’évader des soucis quotidiens, ne plus penser à ce qui m’empêche de vivre comme je vivais, nanti des moyens dont je disposais, avant que me soit arrivé la maladie et le handicap.

Cette faculté m’a permis de faire fi des ennuis qui m’accablait, m’a permis d’inventer d’autres vies, de rêver, d’imaginer d’autres vécus, d’autres aventures, de vivre en décalage et en parallèle, d’oublier que je ne peux plus être ce que j’étais auparavant, et même si je sais que j’ai très peu de chance, n’ayant aucune relation avec le milieu littéraire et médiatique, ce challenge me donne l’occasion d’espérer une reconnaissance… même si elle n’arrivera jamais.

Le plaisir ne réside-t-il pas davantage dans le désir que dans l’assouvissement ?

Jean-Marc