ASCO 2021
De nouveaux espoirs

Par Hélia Haki­mi-Prévot

Des nanoparticules pour améliorer le pronostic des patients atteints de carcinomes épidermoïdes

portrait du pr christophe le tourneau

Les résul­tats prélim­i­naires d’une étude menée auprès d’une quar­an­taine de patients atteints de can­cers ORL ‑traités en asso­ciant une injec­tion de nanopar­tic­ules* et la Radio­thérapie sont encour­ageants. Le Pro­fesseur Christophe Le Tourneau, respon­s­able du départe­ment des essais clin­iques pré­co­ces de l’In­sti­tut Curie à Paris a présen­té ces travaux promet­teurs lors du con­grès inter­na­tion­al de l’American Soci­ety of Clin­i­cal Oncol­o­gy (ASCO).

Les nanopar­tic­ules peu­vent ampli­fi­er l’ef­fi­cac­ité de la radio­thérapie dans le traite­ment des car­ci­nomes épi­der­moïdes**. C’est ce que sug­gère une étude clin­ique de phase I menée à l’In­sti­tut Curie à Paris et dans de nom­breux cen­tres européens. « A l’AS­CO, nous avons présen­té les résul­tats de cette étude menée auprès d’une quar­an­taine de patients, traités à la bonne dose et présen­tant un car­ci­nome épi­der­moïde : tumeur la plus fréquente des can­cers ORL situé dans la cav­ité buc­cale, l’orophar­ynx, le phar­ynx ou l’hy­pophar­ynx », souligne le Pr Christophe Le Tourneau. 

Du fait de leur âge (plus de 70 ans) et/ou des mal­adies asso­ciées à leur can­cer, cer­tains patients ne peu­vent être traités par l’as­so­ci­a­tion habituelle Radio­thérapie/ Chimio­thérapie. C’est le cas de ceux qui ont été inclus dans l’é­tude. « La Chimio­thérapie est un traite­ment trop lourd pour les per­son­nes âgées et/ou atteints de cer­taines patholo­gies chroniques, autres que leur can­cer. Ces patients ne peu­vent béné­fici­er que d’une Radio­thérapie seule. Or ce traite­ment est sou­vent insuff­isant : la survie n’est mal­heureuse­ment que de 12 à 14 mois en moyenne. Dans notre étude, au lieu d’of­frir unique­ment une radio­thérapie aux patients, nous leur pro­posons (un ou deux jours avant la Radio­thérapie) d’une injec­tion de nanopar­tic­ules d’oxyde d’hafnium, directe­ment dans la tumeur. La présence de ces nanopar­tic­ules démul­ti­plie l’ef­fet de la radio­thérapie : elle ampli­fie la dose d’énergie létale dans la tumeur, ce qui entraîne la mort des cel­lules can­céreuses », pré­cise le Pr Le Tourneau. 

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De nouveaux espoirs pour les patients

A ce stade, out­re la bonne tolérance de l’injection de ces nanopar­tic­ules, les résul­tats d’efficacité de l’é­tude clin­ique sont promet­teurs. « Une fois injec­tées dans la tumeur, les nanopar­tic­ules ne « bougent » plus : elles restent en place, même quand la tumeur a dis­paru. En terme d’ef­fi­cac­ité, les résul­tats prélim­i­naires sont suff­isam­ment encour­ageants pour que nous met­tions en place un essai de phase III ran­domisé***. C’est-à-dire que la moitié des patients auront une injec­tion de nanopar­tic­ules et l’autre, n’en béné­ficieront pas », note le Pr Le Tourneau. Aujour­d’hui, 60% des patients atteints de can­cer béné­fi­cient, au moins une fois dans leur vie, d’une radio­thérapie. « Si les résul­tats fin­aux de l’é­tude mon­trent que l’ef­fi­cac­ité de la Radio­thérapieest bien améliorée grâce à l’in­jec­tion de nanopar­tic­ules, cela sera un grand pas en avant pour de nom­breuses per­son­nes, notam­ment pour les patients cur­ables n’ayant pas de métas­tases.», con­fie le Pr Le Tourneau.

Enfin, l’ef­fi­cac­ité de l’im­munothérapie pour­rait, elle aus­si, être démul­ti­pliée grâce à l’in­jec­tion de nanopar­tic­ules dans la tumeur. « Quand l’im­munothérapie est effi­cace, elle l’est de façon phénomé­nale : des patients qual­i­fiés d’in­cur­ables sont guéris de leur can­cer avec ce traite­ment. L’im­munothérapie est très large­ment util­isée en can­cérolo­gie. Or, dans les faits, elle n’est effi­cace que chez env­i­ron 20% des patients. Grâce aux nanopar­tic­ules, nous aime­ri­ons éten­dre son action chez un plus grand nom­bre de per­son­nes. Actuelle­ment, des résul­tats d’essais clin­iques éval­u­ant l’ef­fi­cac­ité de l’association nanopar­tic­ules / Radio­thérapie pour boost­er l’efficacité de l’im­munothérapie ont été présen­tés à l’ASCO par une équipe améri­caine et sont très encour­ageants », con­clut le Pr Le Tourneau.

Hélia Haki­mi-Prévot

Les nanopar­tic­ules sont des élé­ments ayant une taille nanométrique, entre 1 et 100 nanomètres (1 nanomètre est 1000 mil­lions de fois plus petit qu’un mètre). 

** Le car­ci­nome épi­der­moïde est une tumeur maligne qui naît dans les cel­lules squameuses  (kératinocytes) de la peau. Les cel­lules squameuses con­stituent la struc­ture cel­lu­laire prin­ci­pale de l’épiderme (couche supérieure de la peau). 

*** Un essai clin­ique de phase III inclut sou­vent plusieurs cen­taines, voire plusieurs mil­liers de patients volon­taires pour tester un nou­veau médica­ment ou un vac­cin. Les prin­ci­paux objec­tifs de la phase III sont de démon­tr­er l’in­nocuité et l’ef­fi­cac­ité du traite­ment chez des patients représen­tat­ifs sus­cep­ti­bles de l’u­tilis­er ;de con­firmer la posolo­gie effi­cace ; d’i­den­ti­fi­er les effets indésir­ables et les con­tre-indi­ca­tions. Mais aus­si, d’en con­naître les béné­fices et les risques pour la san­té et de com­par­er les résul­tats à ceux obtenus avec des traite­ments existants.

Un essai ran­domisé est un pro­to­cole expéri­men­tal ayant pour but d’é­val­uer l’ef­fi­cac­ité d’une nou­velle thérapie, d’une action de préven­tion ou d’un médica­ment. Il com­pare un groupe expéri­men­tal (groupe d’in­ter­ven­tion) à qui l’on admin­istre le nou­veau traite­ment et un groupe (dit groupe de con­trôle ou groupe témoin) suiv­ant un traite­ment stan­dard ou prenant un place­bo. Un tirage au sort déter­mine, pour chaque per­son­ne entrant dans l’es­sai, s’il va recevoir  le nou­veau traite­ment ou le traite­ment stan­dard ou le placebo.

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