Un tiers des cancers de la sphère ORL liés au HPV ?

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Les can­cers oropharyn­gés touchent env­i­ron 15 000 per­son­nes chaque année en France. Au rang mon­di­al, il s’agit des 6e can­cers les plus fréquents. Par­mi eux, 27 à 40 % seraient imputa­bles à une infec­tion sex­uelle­ment trans­mis­si­ble, le papil­lo­mavirus humain (HPV).

Si les fac­teurs de risque prin­ci­paux (tabac, alcool…) de ce type de can­cers sont con­nus et en voie de régres­sion, on observe une aug­men­ta­tion des cas de can­cers des voies aéri­ennes et diges­tives supérieures liés à une infec­tion par HPV. Nos pra­tiques sex­uelles peu­vent-elles être respon­s­ables de can­cers ORL ?

Qu’est-ce que le papillomavirus humain (HPV) ?

Les HPV appar­ti­en­nent à une grande famille de virus com­posée de plus de 100 vari­antes. Cer­taines souch­es du virus HPV peu­vent être respon­s­ables d’infections. Selon le type de souche et la zone du corps con­cernée, l’atteinte peut aller de sim­ples ver­rues sur les par­ties géni­tales à un can­cer du col utérin. On estime d’ailleurs que la grande majorité de ces can­cers est directe­ment imputable à une infec­tion sex­uelle­ment trans­mis­si­ble (IST) par cer­tains types de HPV.

Les papil­lo­mavirus humains sont très con­tagieux. Env­i­ron 80 % des per­son­nes sex­uelle­ment actives entr­eraient en con­tact avec l’infection au moins une fois au cours de leur vie. L’infection au HPV se trans­met par con­tact de peau à peau ou de muqueuse à muqueuse. Le risque est aug­men­té avec le nom­bre de parte­naires sex­uels et l’âge pré­coce des pre­miers rap­ports sex­uels. Lors du dernier Face­book live (lien), les Pro­fesseurs J. Mon­senego, F. Lecu­ru et H. Mirghani expliquent en détail le lien entre les infec­tions à papil­lo­mavirus et les can­cers gyné­cologiques et ORL. Quelle que soit la local­i­sa­tion du point de con­tact, l’organisme élim­ine ensuite ces virus dans un délai moyen de 24 mois, dans 90 % des cas.

Au niveau gynécologique

Ce con­tact se pro­duit générale­ment au début de la vie sex­uelle d’une per­son­ne. Il arrive que l’infection reste présente dans le corps pour for­mer des lésions pré­cancéreuses du col de l’utérus, pou­vant évoluer en can­cer. Le préser­vatif ne pro­tège pas à 100 % des infec­tions à HPV. Cepen­dant, il réduit le risque de con­t­a­m­i­na­tion et de prop­a­ga­tion du virus. Par ailleurs, il pro­tège d’autres infec­tions sex­uelle­ment trans­mis­si­bles dont le VIH.

Au niveau oral

Les rap­ports oraux-géni­taux (con­tacts bouche-sexe) peu­vent être respon­s­ables de l’infection orale. Les hommes sont les plus sus­cep­ti­bles d’être en con­tact avec l’infection. Les risques ne dimin­u­ent pas par­ti­c­ulière­ment avec l’âge.

Au niveau de la verge

Comme chez la femme, le virus HPV peut être respon­s­able de can­cers chez l’homme. Il est le prin­ci­pal fac­teur viral con­nu impliqué dans les can­cers des organes géni­taux externes. A l’instar du can­cer du col utérin, l’exposition au HPV peut être respon­s­able de lésions pré­cancéreuses, sus­cep­ti­bles de muter en tumeur maligne du pénis. Le dépistage sys­té­ma­tique des patientes atteintes de tumeurs cer­vi­cales est très impor­tant pour sur­veiller l’évolution de l’infection.

Au niveau de l’anus

Le can­cer anal est plutôt rare. Cepen­dant, on note que le HPV est presque tou­jours respon­s­able des cas de can­cer épi­der­moïde de l’anus. L’infection est trans­mise, là aus­si, par les rap­ports sex­uels. Cer­tains types de virus HPV peu­vent engen­dr­er des condy­lomes dans l’anus, aug­men­tant le risque de dévelop­per une tumeur maligne dans cette même zone.

Quel est le lien entre HPV et cancers ORL ?

Si les prin­ci­paux fac­teurs de risque des can­cers de la sphère ORL sont con­nus (tabac, alcool…), on note des mod­i­fi­ca­tions épidémi­ologiques depuis les années 80. Aujourd’hui, on observe une aug­men­ta­tion des can­cers situés dans l’oropharynx, et par­ti­c­ulière­ment au niveau des amyg­dales ou des cordes vocales. Ces tumeurs appa­rais­sent par­fois chez les patients jeunes, non-fumeurs. Elles sont liées à une infec­tion au HPV. L’infection se trans­met par les rap­ports sex­uels buc­co-géni­taux. Ain­si, la fel­la­tion ou le cun­nilin­gus peu­vent trans­porter le virus jusque dans les voies aéri­ennes et diges­tives supérieures.

Les can­cers oropharyn­gés causés par une infec­tion aux HPV oncogènes sont dif­férents de ceux provo­qués par le tabac et l’alcool :

  • les tumeurs se situent majori­taire­ment dans l’oropharynx (celles induites par d’autres fac­teurs de risque peu­vent touch­er toute la muqueuse des voies aéri­ennes diges­tives supérieures) ;
  • les patients atteints sont plus jeunes, sans con­som­ma­tion tabag­ique (ou avec une con­som­ma­tion très faible) ;
  • la pro­por­tion de femmes touchées est plus importante ;
  • la struc­ture biologique de ces tumeurs est dif­férente des autres tumeurs, les anom­alies géné­tiques con­nues ne sont pas présentes dans celles liées aux HPV ;
  • les tumeurs induites par les HPV ont une bonne réponse aux traite­ments en l’absence d’autres fac­teurs de risque asso­ciés, et sont donc de meilleur pronos­tic. En revanche, on sait que la con­som­ma­tion tabag­ique impacte les chances de guérison.

Dépistage et prévention

Un dépistage existe, mais con­cerne unique­ment les lésions pré­cancéreuses des can­cers utérins. La sur­veil­lance régulière s’effectue par exa­m­en clin­ique et frot­tis cer­vi­co-vagi­nal. Elle per­met de décel­er le plus tôt pos­si­ble les lésions sus­cep­ti­bles d’évoluer en can­cer pour anticiper le développe­ment d’une tumeur maligne.

En revanche, il n’existe pas de dépistage des can­cers oropharyn­gés. De nom­breuses incon­nues per­sis­tent con­cer­nant le lien entre lésions pré­cancéreuses et can­cers ORL. De plus, ces dernières ne sont pas for­cé­ment vis­i­bles avec l’examen clin­ique de la gorge ou d’autres méth­odes de visu­al­i­sa­tion. On ne peut donc pas, pour l’instant, agir de manière préventive.

Vac­cin HPV

Le rôle du vac­cin est d’éviter une con­t­a­m­i­na­tion à une infec­tion de cer­tains types d’HPV. En Aus­tralie, où il est admin­istré depuis plus de 20 ans aux ado­les­cents, il a presque per­mis d’éradiquer le col de l’utérus.

C’est pourquoi la HAS (Haute autorité de San­té) recom­mande une vac­ci­na­tion des filles mais aus­si, de tous les garçons de 11 à 14 ans révo­lus, avec un rat­tra­page pos­si­ble de 15 à 19 ans. La vac­ci­na­tion reste recom­mandée jusqu’à 26 ans pour les hommes ayant des rela­tions sex­uelles avec des hommes.

À retenir :

  • Toutes les souch­es de virus à HPV ne sont pas respon­s­ables d’infections pou­vant muter en can­cer. En réal­ité, seule­ment une petite par­tie est à risque.
  • Dans plus de 90 % des cas, les virus sont élim­inés de notre organ­isme dans un délai moyen de 24 mois.
  • Lorsqu’une anom­alie est détec­tée sur le col utérin, l’anus, ou au niveau ORL, nous sommes déjà en présence d’une infec­tion dite “per­sis­tante”.
  • Il peut s’écouler une longue péri­ode entre l’infection au virus et la nais­sance de la tumeur maligne (cela peut aller jusqu’à 20 ou 25 ans pour le can­cer du col utérin). Durant ce laps de temps, le virus est générale­ment asymptomatique.
  • Une con­som­ma­tion tabag­ique asso­ciée peut influ­encer le pronos­tic des tumeurs liées au virus HPV.
  • Il n’y a pas de risque de con­ta­gion entre amis ou en famille (se faire la bise, partager un repas…). Le con­joint de longue date ayant déjà été exposé au virus, il n’y a donc pas lieu de mod­i­fi­er ses pra­tiques sex­uelles en cours de rela­tion. Si le con­joint est une femme, un suivi gyné­cologique réguli­er avec frot­tis est toute­fois recom­mandé. En revanche, il faut se mon­tr­er pru­dent avec un nou­veau parte­naire, car le risque de con­ta­gion est présent. Il est alors vive­ment con­seil­lé d’avoir des rap­ports protégés.

Vaccin HPV : et ailleurs ? 

En Aus­tralie, une large cam­pagne de vac­ci­na­tion con­tre l’infection aux prin­ci­paux types de HPV a été menée auprès des jeunes aus­traliens. Les résul­tats sont très encour­ageants puisque la cam­pagne a per­mis de faire baiss­er le taux de con­t­a­m­i­na­tion chez les filles âgées entre 18 et 24 ans de 23 à 1 % entre 2005 et 2015. Aujourd’hui, la cou­ver­ture vac­ci­nale en Aus­tralie atteint 75 à 80 %.

En France, seule­ment 20 % des jeunes filles optent pour le vac­cin. Ces chiffres nous pla­cent ain­si comme le dernier pays à recourir aux vac­cins. Nos voisins européens obti­en­nent un taux bien plus élevé puisqu’il atteint 50 % en Alle­magne, 80 % en Europe du Nord, en Espagne ou au Roy­aume-Uni et 85 % au Portugal.

Pour plus d’informations, n’hésitez pas à en par­ler à votre médecin général­iste ou à votre gyné­co­logue. Vous pou­vez égale­ment vision­ner le film Can­cers ORL — Virus HPV, un lien mécon­nu réal­isé par Valérie-Anne Moniot d’après un idée orig­i­nale du Pro­fesseur Erwan de Monès en col­lab­o­ra­tion avec le Pro­fesseur Haitham Mirghani. 

Décou­vrez l’in­ter­view du Pro­fesseur De Monès et apprenez-en davan­tage sur le virus HPV juste ici.

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